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Récemment récompensé d’un Octave pour son nouvel album « Saint-Idesbald », Veence Hanao garde la tête sur les épaules. Serein, l’artiste se répète que tout est encore à faire pour conserver la rage et l’énergie d’où jaillit sa musique. Tu fais et as fait partie de différents projets musicaux. Quel est ton parcours musical ? J’ai commencé dans le courant des années ‘90 avec un premier groupe. En 2004-2005, j’étais dans trois projets bien distincts : Festen, qui était rap électro ; Autumn, un projet hip hop jazz et VH – pour Veence Hanao –, un projet solo produit par Noza. J’ai tourné avec ces trois projets pendant deux ans et demi, trois ans. Entre décembre 2008 et janvier 2009, est sorti « Saint-Idesbald », mon premier véritable album solo, qui est un croisement d’influences, teinté des différentes choses que j’ai pu croiser avec mes projets. Je ne dirais pas que c’est la synthèse des trois, parce qu’il y a une orientation « parlé/chanté », chanson française qu’il n’y avait pas dans les autres. Cet album, c’est aussi le premier que je produis au niveau de la musique. C’est un projet plus abouti que tu proposes maintenant en solo ?Plus abouti, je ne sais pas. J’ai été plus au fond de moi-même en tout cas, parce que j’étais tout seul. Quand tu es seul, tu peux te permettre des choses que tu ne peux pas en groupe, car tu dois faire des concessions. Jouer en groupe est une richesse, mais être seul te permet d’aller vraiment au bout de ce que tu envisages. Tu te dis décalé, ne pas aimer qu’on range ta musique dans une case, comment la définis-tu ?C’est toute une difficulté. C’est une musique à texte. Plutôt que du rap, du slam ou de la chanson française, j’ai tendance à dire que c’est du « parlé/chanté », avec une musique qui a un socle résolument hip-hop, mais qui a digéré certaines influences que j’ai croisées. Donc, il y a une texture électronique, ainsi qu’une texture très organique. J’aime bien le grain, très humain, qui n’est pas toujours parfait, par opposition à ce qui est électronique, qui est souvent « clean ». Et la chanson française aussi. On te décrit souvent comme un parolier d’une écriture automatique, fonctionnes-tu comme cela pour composer ?Pour moi, ce sont des beaux mots, une belle tournure de phrase qui désigne simplement le fait que je ne sais pas toujours de quoi je vais parler quand je me mets à écrire. C’est comme les gens qui ne réfléchissent que quand ils parlent. C’est-à-dire qu’ils commencent à parler et que c’est grâce à la parole que leur réflexion et leur pensée se structurent. Moi, c’est un peu pareil. J’ai plein de choses en main au niveau du fond, mais je ne me mets jamais à écrire en disant que je vais parler de telle ou telle thématique. C’est la seule chose que l’on peut qualifier d’automatique. Y a-t-il des thèmes récurrents qui reviennent quand même ?Il y a, sur « Saint-Idesbald », deux thématiques récurrentes : les relations et la condition de l’homme sur terre par rapport à sa hantise de devenir fou, de sa prise de conscience du vide. Je parle du conditionnement de l’homme dans le système actuel, la prise de conscience de cette situation et ce qu’il fait pour remplir ce vide. J’aime bien parler des petits bonheurs et, en même temps, les déconstruire. Comment perçois-tu la scène hip hop belge. Est-ce difficile de percer ?Je pense que, d’une manière générale, c’est difficile de percer dans la musique en Belgique, toutes catégories confondues. La culture musicale en Belgique est principalement rock. Mais c’est en train de s’ouvrir. On commence à se tourner vers des projets hip hop. Un autre problème est que le rap qui fonctionne à l’heure actuelle, du côté de la France, c’est du rap hyper cliché. Le petit frère du gangsta rap américain, poussé par des labels et des artistes qui ont cerné le créneau et en profitent. C’est ce que j’appelle de la fausse dissidence. En Belgique, on se heurte à tout ça. D’une part, parce qu’en Belgique, on a une étroitesse de marché qui fait qu’on ne peut pas avoir trop d’ambition musicalement. Les personnes qui pourraient t’aider, te mettre en avant, sont plus dans une culture rock ou, en tout cas, sont plus frileuses. En plus, elles sont un peu découragées par l’image que renvoie actuellement le rap francophone. Je pense que c’est une question de contexte général. Je ne veux pas isoler le problème, dire qu’en Belgique on boycotte le hip hop. Et la tendance politique actuelle de se tourner vers les musiques urbaines, comme lors de la Boutik Rock, comment la perçois-tu ? Cela a-t-il des retombées positives selon toi ?J’ai bénéficié de subsides pour la production du disque et d’une victoire à un concours relativement institutionnel et académique, le concours « Musique à la française ». Je ne peux pas dire que ça ne m’a pas aidé. Après, comment le milieu voit ça, je ne sais pas. C’est cette année que le vent a tourné au niveau politique. Il faudra voir les suites que ça engendrera. La démarche, à la base, est légitime. J’en suis convaincu. Il y a eu une demande de la part de certains acteurs du mouvement hip hop car, effectivement, certains groupes qui étaient en place n’avaient pas accès à certaines choses auxquelles les groupes de rock avaient accès. Mais ce dont je n’ai pas envie, c’est qu’on en arrive à une situation où les musiques urbaines sont assistées. Le rap, à la base, est quand même une musique qui a des revendications, qui est dissidente. Elle ne doit pas être boycottée, mais il ne faut pas non plus que le rap attende qu’on fasse quelque chose pour lui. Que les pouvoirs politiques nous reconnaissent, c’est bien. Mais il ne faut pas tomber dans l’assistance. Pour revenir au concours « Musique à la Française », quelles suites ta victoire t’a-t-elle apportées ?Cette victoire a eu des retombées en termes de crédibilité auprès de gens qui ne s’intéressaient pas à ce que je faisais avant. Suite à cette victoire, certaines personnes, qui avant nous regardaient de haut, nous ont écoutés en se disant « Il a gagné, je vais voir ce qu’il fait ». Ca nous a offert de la visibilité au niveau presse et on a eu accès à des scènes auxquelles on n’aurait jamais eu accès sans ça. Des concerts sont tombés dans les trois semaines après le concours. Certaines personnes ont besoin de ces preuves-là pour te programmer. Tu as l’impression que tu décolles un peu maintenant ? La sortie du disque, la présence au Printemps de Bourges, les concerts comme les Nuits Bota, ceux en France programmés en octobre et maintenant l’Octave de l’album de l’année, oui, ça donne envie d’y croire. Maintenant, je voudrais vraiment que ça passe la frontière. Parce qu’on n’accédera pas à un niveau supérieur tant qu’on n’aura pas fait nos preuves à l’étranger. En Belgique, c’est comme ça. On ne te considère vraiment que lorsque tu as prouvé à l’étranger. Que conseillerais-tu aux jeunes groupes de hip hop qui démarrent ?A l’heure actuelle, le mieux à faire, c’est de bosser bosser bosser et de démarcher démarcher démarcher. Il faut se mouiller et ne pas attendre d’être assisté. Il faut se servir des outils comme Internet. Et rester maître de ses projets. Notre Octave, par exemple, ça nous a confirmé qu’on a bien fait de ne pas avoir baissé les bras en disant « On n’a pas de distributeurs, on n’a rien ». Amandine Vandermeir Court-Circuit asbl - juin 2009 |
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Un métissage de genres, d’influences et d’instruments. Une petite gazette racontée en musique. Un panel d’univers et d’ambiances. Tels sont les ingrédients de Too Much And The White Nots, un projet subtil et surprenant, auquel chacun des musiciens apporte sa touche personnelle.

On présente souvent le groupe comme créé autour de la personne de Darshen P. Too Much And The White Nots est-il un projet solo ou un groupe à part entière ? C’est le projet de six personnes. Ce sont cinq personnes qui se sont rencontrées grâce à moi, c’est vrai. Mais le groupe, c’est bien six personnes, pas une plus cinq.
Vous insistez beaucoup sur la notion de métissage musical et humain. Comment cela se traduit-il dans votre musique ? Déjà, on est un groupe franco-belge. Il y a trois filles, trois garçons. Ca peut paraître simple comme exemple, mais c’est du métissage malgré tout. Puis il y a de la folk américaine, des instruments plus classiques et électro. Il y a plein de choses quoi. C’est vraiment métissé. On est un mélange wallon-flamand aussi. Il n’y a pas de critères. On fait de la musique pour tout le monde, avec tout ce qu’on aime.
Musicalement justement, le groupe est un métissage de genres. Comment définir la musique de Too Much And The White Nots ? On la définit comme du minima poppy folk ambiant. Minima, parce qu’on joue tantôt avec des réveils, des brosses, des ciseaux, des peignes de coiffure, des machines à écrire, des boites à meuh, plein de jeux pour enfants, même du mortier et des matériaux de récup de chantier. Poppy, dans le sens people, les gens, convivial. Folk, parce que notre base est vraiment folk : pas d’électrique, pas d’ampli, pas de basse. Ce sont des musiciens folk. Et puis ambiant, parce qu’on a, du moins c’est ce qu’on nous dit souvent, un panel de chansons qui fait appel à différents univers. Ce qui se passe, c’est aussi qu’on a chacun nos goûts personnels. On n’écoute pas tous la même musique et on peut chacun écouter celle des autres. On est tous dans des milieux divers et on s’entend très bien avec nos différences.
Vous êtes nombreux. Comment composez-vous ? Ce sont de longues discussions pendant les répétitions. Darshen arrive avec un texte, une rythmique, une idée. Après, tout le monde la nourrit avec sa petite manière à lui et, de fil en aiguille, de répète en répète, le morceau se crée. Puis il y a un moment où se dit « Voilà, c’est comme ça, c’est bon. » et on le propose au public. Là, on commence à réagir. On est content ou moins content. On recherche. On ré-apprivoise chaque fois le morceau, que ce soit pour une répète ou un festival. Il n’y a pas de moment où le morceau est figé. On le bloque pour un concert, mais au concert suivant, il aura peut-être changé. Puis en l’enregistrant, on le bloquera encore. Mais ce n’est pas parce qu’on l’a enregistré d’une certaine manière qu’il sera joué comme ça sur scène. Il y a une base qui est là et on tourne autour.
De quoi parlent vos chansons en général ? Nos chansons, ce sont des petites histoires, comme tu peux en trouver dans le journal du matin. Ce ne sont pas des histoires d’amour, des ballades. Ce sont des histoires qui nous arrivent, à nous. Il y a parfois de l’autobiographie aussi, certainement. Comme dans le folk, on colporte des histoires aux oreilles des gens. D’où la raison du pourquoi on chante en anglais. C’est dans un souci international, même si on aime beaucoup le français.
Amandine Vandermeir Court-Circuit asbl |
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 Dans une ambiance electro-dance et boule à facettes, Sharko écume la scène belge pour nous présenter son nouvel album, « Dance on The Beast ». Un disque surprenant de cohérence et de maturité, que nous commente David Bartholomé, chanteur et leader de ce groupe belge en plein essor. Dans ton dernier album, tu explores davantage la veine dance/electro/pop que dans les précédents. C’était important pour toi qu’il se démarque des autres ? Dans le dernier album, on a dégraissé pour ne retenir que le squelette musical. C’est-à-dire prendre les fondamentaux, les bases, écrire une chanson avec trois mots « I need someone » et faire en sorte que ça tienne debout, sans en mettre des tonnes. On a beaucoup joué en trio sur l’album précédent. Sur celui-ci, on touche à des sons synthétiques, un peu plus dance et ça, c’était un défi pour moi, un challenge. Je trouvais intéressant de m’y coller, de m’y frotter. Donc, pour moi, c’est un album complètement différent. J’avais l’impression de mettre un t-shirt avec des paillettes en le faisant. Et ça passe ou ça casse. Il y en a qui disent « T’es nul, t’es tout à fait ringard, c’est moche. » et il y en a que ça amuse. Moi, en tout cas, ça me plaisait de le faire. Ca décrasse aussi dans la tête. Et son titre, « Dance on the Beast »…C’est un jeu de mot avec « Dance on the beat », le beat étant le groove. Et ça m’amusait de ne pas mettre de côté le fait qu’il y a quand même des créatures et des choses qui nous poursuivent, des fantômes. Mes chansons parlent des créatures, de la bête qui sommeille, des choses négatives qui essayent de ressurgir quand on essaye de les étouffer. Pour ce dernier album, tu as à nouveau collaboré avec Dimitro Tikovoi, c’était une évidence ?Non, ce n’était pas une évidence. C’était un pari. J’avais beaucoup plus confiance en moi. Je trouvais que les bases étaient beaucoup plus solides pour cet album-ci que pour le précédent. Les chansons avaient un fond. Il y avait un enthousiasme que j’avais envie de défendre. Je me suis dit que ce serait intéressant de travailler avec lui car il peut capturer des choses que j’aurais peut-être eu du mal à faire seul. Mais j’étais un poil réticent, car je sais pertinemment bien qu’on n’a pas les mêmes goûts et j’avais peur qu’il m’embarque dans un truc qui serait difficile à assumer. Donc c’était à la fois évident et pas si évident que ça. Tu sembles, plus qu’auparavant, te concentrer sur quelques dates importantes plutôt que de multiplier les petits concerts. C’est un changement de stratégie de ta part ?Il me semblait bien, pour une fois, de pouvoir avoir le luxe de se dire « On peut avoir la possibilité de jouer dans des lieux un peu plus confortables, pour nous et pour le public, et de ne plus se retrouver dans des lieux improbables et dans des plans foireux. » Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne stratégie, mais pour le confort de jeu et d’écoute, c’est une stratégie oui. Dans des précédentes interviews, tu parles de te produire à l’étranger. Qu’en est-il de cette ambition internationale ?Ce que j’ai voulu dire, quand je parlais d’international, c’est que quand je fais de la musique, je ne la fais pas pour qu’elle s’arrête en Belgique. Moi, ce qui me fait rêver – et c’est ce qui m’inspire –, c’est de pouvoir me dire « Cette chanson, je vais pouvoir la défendre à Sydney, New York ou Londres sans être complexé, sans avoir à rougir, me sentir mal et me dire « Ca sonne quand même pas bien, pour aller aux Ardentes ça ira, mais pour Londres, ça n’ira jamais. » » Ca me hisse vers le haut de pouvoir me dire que je peux être fier de mes chansons et que je peux les déposer sur un bureau à Londres sans que le mec ne me rie au nez. Il faut que ça ait un sens, une substance émotionnelle de production, de son, de voix et une richesse instrumentale. Tu as proposé quelques concerts acoustiques dernièrement. Tu envisages de développer un projet solo en marge de Sharko ?Je trouve extrêmement intéressant de pouvoir déstructurer les chansons. C’est un exercice, comme faire des pompes ou un jogging de 20 km. C’est épurer les chansons et se dire « Je suis uniquement face aux gens avec une guitare. Est-ce que les chansons tiennent debout ? Et plus encore si je suis uniquement avec ma voix, sans sono massive qui assomme tout le monde, sans une grosse reverb ou un batteur qui déchire. Est-ce que j’ai la présence pour défendre mes chansons et toucher le public ? » Ca m’a fait beaucoup de bien de le faire, c’est toujours enrichissant. Amandine Vandermeir Court-Circuit asbl - juillet 2009 |
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 Glam rock. Electro. Kitsch pop. Punk. Les définitions divergent. Une chose est sure : le trio bruxellois du Baron 5 balance la sauce et nous en met plein les oreilles avec leur musique frénétique. Un objectif : faire danser son public et y aller à fond. Dernier défi en date : la première partie de Starving au Botanique. Rencontre avec cet « ovni » de la scène belge. Comment définiriez-vous la musique du Baron 5 ?Julien : Pour moi, c’est glam. Je me sens plus influencé par ce courant-là en tout cas. Bertrand : On parle toujours de glam, mais moi je considère notre musique comme de la kitsch pop. Laurent : Avec une énergie un peu punk. Julien : Si je devais nous résumer, j’utiliserais le mot « obsession ». Au-delà du genre ou de l’esthétique, c’est une musique frénétique. En fait, par rapport à notre style ou à ce qu’on fait, je pense qu’on n’a pas du tout une démarche qui consiste à se dire ‘on fait ça ou ça’. On est spontané. Une alchimie s’est produite entre les trois musiciens qu’on est. Il y a aussi un côté années ‘80 dans votre musique, non ?Laurent : C’est dû au fait qu’il y ait du clavier et que Julien a une voix un peu années ’80, mais ce n’est pas voulu. Ce qui se passe, c’est qu’on n’a pas de guitariste. Et on fait beaucoup moins remarquer aux groupes de guitare leur côté années ’80 qu’aux groupes de clavier comme nous. Julien : C’est un peu de la faute de la mère. Gamin, elle m’a fait écouter plein de musiques différentes, dont Mozart et les années ‘80 et ça m’a un peu perverti, sans le vouloir. En même temps, je dois avouer que, dans le fond, j’aime beaucoup les années ‘80. J’aime la nostalgie, tout en ayant la pêche, ce paradoxe des années ‘80. Par contre, on a un truc des années ‘80 qui est pas mal : c’est le fait d’y aller à fond. Moi, souvent, maintenant, je m’ennuie au niveau musical, que ce soit au niveau national ou même international. Il y a une envie de casser la baraque chez nous. C’est même plus important que l’esthétique. Ca rejoint, je pense, la philosophie des années ‘80. Si ce n’est pas une volonté de sonner années ‘80, que ce ne sont pas spécifiquement vos influences, quelles seraient-elles alors ?Julien : Pour moi, c’est très clair. Je suis un grand fan de David Bowie. Par contre, les Cure, ce n’est pas du tout mes influences. Pourtant, on les cite souvent quand on parle de vous. Julien : Oui on les cite souvent, malheureusement, bien que j’aie beaucoup de respect pour ce groupe. Betrand : Au départ, moi, je sentais bien notre groupe comme un mélange entre Add N to (X) et Stranglers. Add N to (X) pour le côté fougueux et bordélique. Après, je trouve qu’il y a l’une ou l’autre références à Pulp. Vous commencez à pas mal tourner maintenant et pourtant vous ne proposez pas encore de nouvel album, c’est une démarche stratégique ? Laurent : On est en train de composer pour le moment. Et on tourne avec un set qu’on n’a pas spécialement envie d’enregistrer. On a plutôt envie d’enregistrer de nouvelles choses et d’aller un peu plus loin avant d’enregistrer. Julien : Il y a une réalité commerciale qui est là aussi. Sortir un album parce qu’on a clôturé une session de quelques morceaux et essayer tant bien que mal d’en vendre 200, ça ne m’excite pas. On a sorti un EP de morceaux live. Mais c’est plus le label qui a insisté. Nous, on estime que c’est trop tôt. On n’est pas prêt, tout simplement. Tu parlais de stratégie, et bien moi, j’ai plus envie de faire monter la sauce au lieu de sortir quelque chose trop tôt. Laurent : On veut travailler davantage le son aussi. Julien : Au-delà du son, j’ai envie d’avoir de vraies compositions. On est assez préoccupé par la qualité. En même temps, vous vous configurez davantage comme un groupe scénique maintenant non ?Laurent : C’est clair qu’on n’a pas envie d’aller en studio pour enregistrer exactement la même chose que ce qu’on propose sur scène. C’est vraiment un autre travail, il faut aller plus loin. Julien : Pour la scène, l’avantage, c’est qu’on a l’énergie. C’est ça qui va être dur pour l’album d’ailleurs. Sur scène, on a cette énergie. Sur CD, il faut autre chose. Vous avez participé à la Boutik Rock, quelles suites cela vous a donné ? Cela vous a-t-il ouvert des portes ?Julien : Tout d’abord c’était gai d’y jouer, la scène était bien organisée et c’était une première au Botanique. On s’est bien amusé et suite à cela deux concerts aux fêtes de la musique sont tombés. Peut-être d’autres même. Globalement, ça a eu de bonnes répercussions. On a eu pas mal de chroniques. Je ne les ai pas toujours comprises d’ailleurs. En les lisant en tout cas, on a constaté que, de fait, on nous voyait un peu comme des ovnis. Amandine Vandermeir Court-Circuit asbl - 24 avril 2009 |
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Traversant les décennies sans perdre son identité, Front 2 4 2 a marqué de son empreinte la scène électro belge et même internationale. De retour sur scène après plusieurs années de retrait, le groupe continue à proposer des prestations cohérentes et solides, loin des comebacks aphones et insipides de stars désuètes, sorties du placard pour d’obscurs mobiles. A l’occasion de son passage au PacRock, Patrick Codenys nous propose un aperçu de l’évolution de la scène belge… et des pistes à suivre pour les groupes émergents d’aujourd’hui.
Front 2 4 2 est présent sur la scène belge depuis les années ’80, comment cette scène a-t-elle évolué ? Je pense que la scène belge est, maintenant, beaucoup plus alignée sur la scène internationale. Dans les années ‘80, c’étaient vraiment des groupes beaucoup plus isolés, qui émergeaient avec leur musique propre et de manière assez autodidacte, sans trop savoir où ils allaient. Tandis que, maintenant, la scène belge s’aligne beaucoup plus sur les groupes anglo-saxons et autres. Elle est plus en place dans le paysage global de la musique, au niveau de la musique électronique et même du rock.
Plus en place, mais avec une perte d’originalité ? Oui probablement. Mais cette perte d’originalité n’est pas due non plus que à la démarche des groupes. Elle est aussi due à la technologie par exemple, qui, avant, était très particulière. Seules quelques personnes savaient manipuler les machines, qui donnaient ce son assez particulier des années ‘80. Alors que, maintenant, tous les systèmes, logiciels sont beaucoup plus accessibles et conviviaux et donc c’est beaucoup plus difficile de se démarquer.
Dans une précédente interview, j’ai lu que vous vous méfiez également des résultats trop rapides qu’offrent ces nouvelles technologies. Le problème est surtout une question d’éducation, d’approche, d’idées, de philosophie. Parce que, dans les années ‘80, on devait un peu créer notre manière de faire, d’aborder les instruments. Il y avait une interface entre la machine et l’homme. J’appelle interface le rapport entre la machine et l’homme. Je prends toujours l’exemple de la télé en noir et blanc. On voyait la télé en noir et blanc et il fallait faire l’effort pour voir le film en couleurs. Maintenant, avec les logiciels, on fait tchik tchak et on a tout de suite un bon résultat. Ca a l’avantage que le produit sonne immédiatement avec une bonne qualité. Mais, d’un autre côté, les idées en prennent un coup, parce que, effectivement, tout le monde fait un peu la même chose. Je pense qu’il faut vraiment revenir à des réflexes anciens et remettre en question les capacités des musiciens, qui ne devraient pas se contenter de résultats rapides.
C’est ce qui expliquerait aussi qu’aujourd’hui on envisage mal un groupe perdurer comme vous, que les succès sont nettement plus éphémères ? Il y a cette notion de philosophie oui, de concept. Nous, on a toujours eu des concepts très forts, où l’imagerie était liée au slogan, aux symboles, à la musique, aux campagnes de presse. L’idée du concept est quelque chose qui fait vivre un groupe. Quand tu vois que des jeunes de 20-22 ans qui, grâce à l’accès direct à la technologie, peuvent tout de suite avoir un résultat extraordinaire, se lancer dans le business, le problème, c’est qu’au bout du 2ième album, ça s’essouffle ou fait un flop. En histoire de l’art, on dit d’un peintre de 50 ans que c’est un jeune peintre. Il faut que l’idée se développe, se faire une expérience de vie. Donc, à 22 ans, quand on te donne tous les moyens pour bien sonner et faire un deuxième album à 25 ans, il faut aller chercher quelque part de l’expérience ou du background, un mode de vie aussi. Nous, quand on a commencé notre carrière, les dix premières années, on était nulle part ! Ca nous a permis quelque part de bien penser et construire les choses.
En plus, aujourd’hui, la réalité commerciale a changé le statut du CD. On serait tenté de ne voir dans le CD presque plus qu’une carte de visite pour les groupes. Quels conseils vous donneriez aux groupes émergents ? Le live, le bain avec le public. C’est aussi une manière d’être payé, puisque le CD ne rapporte plus rien. Et aussi essayer de se démarquer, même si c’est très difficile. Peut-être revenir à des éléments extrêmes de présentation. Moi, je crois beaucoup à la sacralité, au surround. Mais ce n’est pas facile d’innover, c’est sûr. Si je devais commencer un groupe aujourd’hui, je ne rigolerais pas non plus. Tout comme on dit « Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler », si j’avais un conseil à donner aux jeunes groupes, ce serait de travailler facilement 4-5 ans sans se produire, en ne se concentrant que sur la matière, avant de se lancer dans un premier concert live. C’est nécessaire pour pouvoir démarrer avec quelque chose de concret et, surtout, avoir du répondant au tournant, au deuxième album.
Pour en revenir à votre musique, vous continuez à utiliser davantage vos anciennes techniques, même aujourd’hui ? On ne se torture pas non plus. On a des instruments récents, qui sont mélangés avec des technologies plus anciennes, effectivement. Mais, par contre, au niveau de la manière d’aborder la musique, des réflexes, on a gardé cette recette de « grand-mère ». Il y a un côté artisanal dans notre manière de construire nos morceaux, nos structures et de présenter la musique, puisqu’on fait quand même une musique dite « vintage ». On n’est pas parti dans la modernisation ou la vision moderne à outrance de la musique électronique.
Mis à part ce mélange avec les technologies nouvelles, depuis votre séparation en ‘94 et maintenant, qu’est-ce qui a changé dans votre démarche artistique ? En fait, on ne s’est jamais vraiment séparé en ‘94. On n’a simplement pas produit. On a fait des projets à gauche à droite, d’autres trucs. Je crois que c’est aussi dû au fait que dans les années ‘80 à ‘90, la musique électronique était fort en recherche, en questionnement et donc il y avait énormément de possibilité et de droit à l’erreur. Ce qui est particulier aux années ‘90, c’est que c’est à ce moment-là que le monde anglo-saxon a repris la musique électronique. C’est à cette époque que sont arrivés des groupes comme Prodidgy, les Chemicals Brothers ou Underworld, qui sont de très bons groupes, mais qui, quelque part, font partie de cette grosse machine anglo-saxone avec toute sa promo, son business et qui, il faut aussi l’avouer, a donné un côté un peu rock à la musique électronique. Du coup, durant ces années-là, on s’est senti un peu submergés et hors compétition. Il faut dire que ces gens ont des moyens énormes. Cette décennie de ‘90 à 2000 étant passée, beaucoup de DJ’s, de musiciens ont voulu revenir au côté vintage des années ‘80. Ils se sont dit que dans les années ’80, il y avait quand même une manière différente d’aborder la musique et qu’il fallait revenir à l’ABC, aux sources de cette musique.
On dit souvent de Front 2 4 2 que c’est un groupe culte. Vous avez influencé la scène électro selon vous ? La musique électronique a débuté d’une manière populaire vraiment dans le début des années ‘80, avec les premiers synthés bon marché, même s’il y eut des choses dans les années ‘60. Et là, il n’y avait pas 10 000 groupes. Il y en avait 100, 200 et je crois que Front 2 4 2, effectivement, est resté et, pour cette raison-là, est devenu une influence, mais ce n’est pas une chose sur laquelle on se repose.
Et l’EBM - Electronic Body Music -, le genre que vous avez crée, existe-t-il encore ? Il existe encore très fort en Allemagne par exemple, ou au Canada. Il y en a un peu partout de ces groupes-là. Mais, pour moi, c’est un style qui avait sa raison d’être à cette époque-là, mais qui, maintenant, devient une recette toute faite. C’est parodié aussi. C’est un style important, mais je ne l’encense pas non plus.
Amandine Vandermeir Court-Circuit asbl - Mai 2009
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